24 novembre 2018 - Ivo Dicarlo

Révolutions technologiques : atteintes à la vie privée ou renforcer la sécurité du citoyen ?

Notre société actuelle est hyper-connectée. C’est un monde où chacun laisse derrière lui des indices, des données utiles, des renseignements potentiellement compromettants. Un monde où les objets connectés sont autant de mouchards qui enregistrent nos moindres faits et gestes en permanence.

Jamais nous n’avons été autant scrutés. Notre existence est désormais accessible sur Internet sous forme de base de données, et les centres de stockage (« data centers » en anglais) gardent en mémoire les moindres détails de notre vie. Il faut indiquer que dans l’Hexagone, la protection des données à caractère personnel concerne, entre autres, les e-mails, la vidéosurveillance, la cyber-sécurité et les fournisseurs d’accès à Internet.

Regarder sans être vu, tel est l’esprit de la surveillance. Elle est présente depuis toujours dans la vie des citoyens. Mais, en une décennie, au rythme des avancées technologiques, nous assistons à une révolution. La surveillance ciblée s’est transformée progressivement en une surveillance de masse, à l’échelle planétaire.

On ne peut plus tirer le rideau

Jadis concentrée dans l’espace public, elle pénètre désormais notre vie privée. On ne peut plus fermer la porte ou bien tirer le rideau chez soi. Ce regard invisible s’est installé dans notre intimité. Objets et jeux connectés, activités sur les réseaux sociaux, détails de géolocalisation sur nos smartphones, requêtes sur les moteurs de recherche : notre vie en ligne se transforme en données. Ces informations, une fois traitées, construisent une nouvelle forme d’identité sur laquelle nous n’avons pas le contrôle. Car nos vies privées peuvent être mises à nu en quelques instants.

« L’avènement du pluralisme démocratique avait été salué partout en Afrique, particulièrement au Mali, parce qu’il consacrait la libération de la parole et du verbe, en un mot parce qu’il garantissait ce qu’il est convenu d’appeler la liberté d’expression. […] Et c’est dans le domaine de la communication et des échanges d’informations et de données que l’humanité a connu des bonds des plus significatifs. Davantage qu’à une simple évolution, c’est à une révolution que l’on assiste, marquée par des facteurs tels que rapidité, accessibilité, diversification, multiplication, banalisation, abondance et élargissement. […] Dès lors, il apparaît clairement la nécessité absolue pour nos États de se doter de cadres juridiques institutionnels appropriés, dans l’optique de contenir des menaces potentielles, auxquelles ils ont à faire face au quotidien. En cela, il convient de saluer les initiatives de la CEDEAO et celle de l’Union Africaine, instruisant aux États membres de se doter de législations, pour assurer la protection des données personnelles. »

Extrait discours Mme Diallo Maimouna COULIBALY, Autorité de Protection des Données à caractère Personnel (APDP) au 9è colloque du Centre d’Etudes et de Réflexion au Mali (CERM).

Nous abandons une part de notre liberté en acceptant la surveillance de nos vies privées. Aujourd’hui, dans le monde, deux visions coexistent et s’affrontent sur le terrain de la surveillance. Certains se rebellent contre les atteintes à la vie privée au nom de la liberté individuelle, d’autres au contraire voient les évolutions technologiques comme un moyen privilégié de renforcer la sécurité.

« Je fais partie de cette culture qui croit encore en la sphère privée. Et je ne peux pas admettre que les gens aient renoncé à avoir une vie privée. C’est pourtant déjà le cas dans certains endroits du monde. Et surtout chez les plus jeunes. Si nous voulons conserver une sphère privée, il nous faudra apprendre très activement à la défendre. Sous couvert de lutte contre la criminalité et le terrorisme, on inculque aux gens qu’il faut renoncer un peu plus chaque année, a leur vie privée pour aider les États. Et par là même, on aide les « autres sortes d’Etats » que sont Google et Facebook, qui nous confisquent de plus en plus les espaces où nous pouvons nous exprimer. Si l’État ne fait rien, et surtout si on n’inculque pas au jeunes générations l’importance de la vie privée, alors cette vie privée ne vaudra bientôt plus rien. »

Témoignage d’une personne ressource. 

Un choix sur le futur

Nos sociétés modernes sont confrontées à un choix à propos du futur. Et c’est un choix fondamentalement politique. On pourrait certes décider de s’en moquer. Décider que ce n’est pas très important pour nous que certaines structures collectent toutes ces informations. La notion de vie privée appartient peut être au passé. À l’avenir, tout ce qui nous concerne sera consultable d’un clic : qui est tombé amoureux, qui est tombé malade. C’est peut-être une bonne chose. Un futur sans secret. Bien-sûr les plus âgés d’entre nous chérissent leur vie privée.

Que n’avons nous pas à nous inquiéter si les futures générations grandissent dans un monde de surveillance constante. Je pense que cela peut arriver. Il y a des gens qui partagent ce point de vue. C’est la vie moderne, on s’habitue. Mais j’espère que cela n’arrivera pas. Je pense qu’un futur comme celui-ci serait une prison digitale. Nous ressentirions ce que les gens ressentent quand ils sont en prison.

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Ivo Dicarlo
Africain d'origine malienne et citoyen du monde, parlant français. Je suis un jeune blogueur, ambitieux qui se cherche avant tout. On me définit souvent par ma gaieté et mon côté taquin. Je dirai juste que je suis quelqu’un de vivant et qui profite de la vie comme elle se présente, tout comme la langue française.

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