19 septembre 2015 - Ivo Dicarlo

Tabaski 2015 au Mali: le panier de la ménagère crie

Tabaski ou Aīd al-Kabīr est la fête la plus importante de l’islam. Cette journée commémore la soumission d’Abraham à Dieu et marque également la fin du grand pèlerinage à La Mecque. Bamako, capitale des trois caïmans, vibre à l’effervescence des préparatifs de la fête prévue le 24 septembre, comme dans le centre commercial de Sougouba, où l’on constate une grande affluence.

Mais l’envers du décor est autre. On remarque un énorme malaise, notamment sur le visage des pères de famille. Le pouvoir d’achat ne suit plus les dépenses du foyer. Pourtant, l’empereur du Mali, dans son bilan des deux années aux affaires de la République, annonçait une croissance économique de 7,2%. S’agit-il juste d’une statistique ou d’une stratégie politique de bernerie de la masse populaire ? Je l’ignore. Une seule chose est sûre: les factures ne cessent d’asphyxier le citoyen lamba. A noter que la rentrée scolaire est pour le mois prochain.

Hausse du prix du mouton, une réalité des plus amères en cette période

Le prix du mouton ou le mouton a tout prix. Ah oui, Tabaski rime avec l’achat de moutons. Ces trois dernières années le prix d’achat est passé du simple au double, voire au triple. Même après des décisions restrictives gouvernementales sur l’exportation du bétail. Rien n’à faire.

Espace de vente promotionnelle de moutons à l"ACI 2000 (filière gouvernementale) - Crédit : Kibaru Online

Espace de vente promotionnelle de moutons à l »ACI 2000 (filière gouvernementale) – Crédit : Kibaru Online

Aux différents points de vente de bétails parcourus (« Chakal terrain » d’Hamdallaye ACI 2000 et « Grabal » de Lafiabougou-Koda en Commune IV du District), l’heure n’est pas aux bonnes affaires à en croire les commerçants et d’éventuels clients. Les premiers déplorent le manque d’achat du précieux bétail en cette période. Et les seconds, se plaignent des prix exorbitants affichés sur le marché. A ce propos, suite aux différents échanges, nous avons constaté une grande variation au niveau des prix entre 45.000 FCFA et 300.000 FCFA, selon le bétail choisi. Plus l’animal est bien bâti, plus votre porte-monnaie en souffrira. Bienvenue au pays du marchandage impitoyable. Pas facile pour les ménages démunis.

Pourquoi, ce renchérissement du bétail ?

« La cherté du bétail est dû a certains facteurs ; notamment aux difficiles conditions d’acheminements du bétail suivi des frais d’alimentation qui nous coûte parfois la grande partie des dépenses », nous a confié un berger, venu de Province.

Marché aux bétails de Grabal à Lafiabougou Koda - Crédit photo: Kibaru Online

Marché aux bétails de Grabal à Lafiabougou Koda – Crédit photo: Kibaru Online

Certains commerçants se défendent de la situation actuelle : « Avec la situation d’instabilité dans la zone septentrionale, le bétail a du mal à parvenir au sud. Aussi, craignant d’être spolier de leurs biens, certains préfèrent exporter dans les pays frontaliers (Sénégal, Côte d’Ivoire) où le prix de vente est nettement supérieur », a noté Samba, vendeur de bétail au Grabal.

Pendant cet temps à Lafiabougou, la famille Sow a acquis pour 100.000 FCFA une bête après un âpre marchandage. « Je trouve que la relation qualité- prix n’est pas au rendez-vous par rapport aux années antérieures. J’ai pour habitude d’acquérir de très belles têtes à des prix raisonnables. Mais cette année, c’est le comble. Vu les prix annoncés, on a l’impression d’acheter un bœuf », confie un membre de la dite famille.

Le mouton de la famille Sow - Crédit : kibaru Online

Le mouton de la famille Sow – Crédit : kibaru Online

Les spéculations vont bon train chaque jour. Aux enchères, c’est toujours le même refrain : « Je serais impitoyable », pendant que nous subissons un quotidien insoutenable. Allez-y au marché. Allez voir les prix, il y a urgence. Le panier de la ménagère crie. Le Malien meurtrit voudrait tourner la page. Mais la page restera collée tant qu’on s’adonnera aux pillages, aux vols orchestrés, engendrant ainsi la pauvreté, la misère galopante.

Tant pis pour les ménages dont les paniers sont troués. Tant pis pour le paysan qui utilise de l’engrais frelaté contre un peuple affamé. Au nord, on est massacrés et au sud on est empoissonnés.

Honte au gouvernement malien. Quelle indignation devant ces gouvernants maliens qui fragilisent notre République, fracturent la démocratie. Le pouvoir ne sait plus sur quel pied danser face à la nation meurtrie, la population trahie. On se sent humiliés et indignement traités.

Mon Mali, un pays très riche en pauvres. Au Mali, l’heure est grave…

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Ivo Dicarlo
Africain d'origine malienne et citoyen du monde, parlant français. Je suis un jeune blogueur, ambitieux qui se cherche avant tout. On me définit souvent par ma gaieté et mon côté taquin. Je dirai juste que je suis quelqu’un de vivant et qui profite de la vie comme elle se présente, tout comme la langue française.

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