22 juin 2015 - Ivo Dicarlo

Citoyens du monde, notre vie en ligne ne nous appartient pas

Regarder sans être vu, tel est l’esprit de la surveillance. Elle est présente depuis toujours dans la vie des citoyens. Mais, en une décennie, au rythme des avancées technologiques, nous assistons à une révolution. La surveillance ciblée s’est transformée progressivement en une surveillance de masse, à l’échelle planétaire.

Jadis concentrée dans l’espace public, elle pénètre désormais notre vie privée. On ne peut plus fermer la porte ou bien tirer le rideau chez soi. Ce regard invisible s’est installé dans notre intimité. Objets et jeux connectés, activités sur les réseaux sociaux, détails de géolocalisation sur nos smartphones, requêtes sur les moteurs de recherche. Notre vie en ligne se transforme en données. Ces informations, une fois traitées, construisent une nouvelle forme d’identité dont nous n’avons pas le contrôle. Car nos vies privées peuvent être mises à nu en quelques instants.

Jamais nous n’avons été autant scrutés. 70 % de nos appels entre téléphones portables sont enregistrés, des millions d’heures de discussions via webcam ont été détournées par des services dont je tairai les noms. Notre existence est désormais accessible sur Internet sous forme de base de données, et les centres de stockage (Data Center) gardent en mémoire les moindres détails de notre vie.

Big Data Center - Crédit : arte.tv

Big Data Center – Crédit : arte.tv

Karsten NOHL, Directeur Security Research Lab – Berlin : « Je fais parti de cette culture qui croit encore en la sphère privée. Et je ne peux pas admettre que les gens aient renoncé à avoir une vie privée. C’est pourtant déjà le cas, dans certains endroits du monde. Et surtout chez les plus jeunes. Si nous voulons conserver une sphère privée, il nous faudra apprendre très activement à la défendre. Sous couvert de lutte contre la criminalité et le terrorisme, on inculque aux gens qu’il faut renoncer un peu plus chaque année, a leur vie privée pour aider les Etats. Et par là même, on aide les « autres sortes d’Etats » que sont Google et Facebook, qui nous confisquent de plus en plus les espaces où nous pouvons nous exprimer. Si l’Etat ne fait rien, et surtout si on n’inculque pas au jeunes générations l’importance de la vie privée, alors cette vie privée ne vaudra bientôt plus rien. »

Notre société actuelle est hyper-connectée, c’est un monde où chacun laisse derrière lui des indices, des données utiles, des renseignements potentiellement compromettants. Un monde où les objets connectés sont autant de mouchards qui enregistrent nos moindres faits et gestes en permanence.

Nous abandons une part de notre liberté en acceptant la surveillance de nos vies privées. Aujourd’hui, dans le monde, deux visions coexistent et s’affrontent sur le terrain de la surveillance. Certains se rebellent contre les atteintes à la vie privée au nom de la liberté individuelle, d’autres au contraire voient les évolutions technologiques comme un moyen privilégié de renforcer la sécurité.

Nos sociétés modernes sont confrontées à un choix à propos du futur. Et c’est un choix fondamentalement politique. On pourrait certes décider de s’en moquer. Décider que ce n’est pas très important pour nous que certaines structures collectent toutes ces informations. Que nous n’avons pas à nous inquiéter si les futures générations grandiront dans un monde de surveillance constante. Je pense que cela peut arriver. Il y a des gens qui partagent ce point de vue ; c’est la vie moderne, on s’habitue. Mais j’espère que cela n’arrivera pas. Je pense qu’un futur comme celui-ci serait une prison digitale. Nous ressentirions ce que les gens ressentent quand ils sont en prison.

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Ivo Dicarlo
Africain d'origine malienne et citoyen du monde, parlant français. Je suis un jeune blogueur, ambitieux qui se cherche avant tout. On me définit souvent par ma gaieté et mon côté taquin. Je dirai juste que je suis quelqu’un de vivant et qui profite de la vie comme elle se présente, tout comme la langue française.

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